dimanche 5 avril 2009

Les Feebles de Peter Jackson : le DVD australien

Je me souviens qu'un obscur "journaliste" d'une revue spécialisée dont je tairai le nom avait, au cours d'un article à la gloire du DVD, simplement suggéré que l'on jette à la poubelle nos vieilles VHS poussiéreuses. Bien stupide celui qui suivit ce conseil car, à l'heure où le DVD est déjà en passe d'être supplanté par le Blu-Ray, nombreux sont les films qui n'ont jamais été réédités sur un autre support que la VHS. Parmi eux, Les Feebles, spectacle musical de marionnettes destiné aux adultes que beaucoup considèrent, à juste titre, comme l'oeuvre la plus irrévérencieuse de Peter Jackson période Nouvelle-Zélande. On se souvient d'une estimable édition en version française chez Antarès & Traveling (visuel ci-contre) qui fait désormais office de pièce de collection. Car malgré l'envol de la notoriété internationale du sieur Jackson (suite à une adaptation d'aventures fabuleuses dont le nom m'échappe..), Meet the Feebles reste incompréhensiblement inédit chez nous en DVD. Il existe bien une galette espagnole, Los Feebles, mais point d'édition francophone digne de ce nom.

En Nouvelle-Zélande, où je me trouve désormais, on se doute que le film fait l'objet d'une attention particulière. La chaîne de librairie Whitcoulls affiche notamment des portions d'étagères remplies de DVD de Meet the Feebles. Cette édition australienne de chez Stomp Entertainment (voir ci-dessus), sans le moindre supplément ni sous-titres - quand bien même un simple sous-titrage en anglais aiderait le spectateur peu anglophone à saisir la portée caustique de dialogues fleuris - propose néanmoins le film en version intégrale dans une copie d'une qualité irréprochable.

samedi 4 avril 2009

Les débuts de Roger Donaldson en Nouvelle-Zélande

Australien d'origine mais immigré dès l'âge de vingt ans en Nouvelle-Zélande, Roger Donaldson fait partie, à l'instar de Geoff Murphy, Peter Jackson, Lee Tamahori, Vincent Ward et plus récemment Niki Caro, de ces cinéastes Kiwis qui ont conquis Hollywood. Lorsque l'on connaît la carrière éclectique de Donaldson aux Etats-Unis - une comédie romantique (Cocktail), un film d'horreur (La Mutante), un film-catastrophe (Le Pic de Dante), un film de politique-fiction (13 Jours) - il devient intéressant d'effectuer un petit retour en arrière afin de découvrir ses premiers films aux Antipodes.

L'éditeur australien Magna Pacific a distribué en Océanie deux des trois long-métrages néo-zélandais du cinéaste dans une collection logiquement intitulée The Roger Donaldson Collection : Sleeping Dogs et Smash Palace. Deux films qui, à ma connaissance, n'ont jamais fait l'objet d'une quelconque distribution en France. Deux éditions soignées dans lesquelles Donaldson se plie avec plaisir à l'exercice de l'entretien, conviant le spectateur sur les lieux des tournages.


Après avoir signé en 1971 un court documentaire en hommage au héros national Burt Munro, l'un des champions motocyclistes les plus âgés à avoir battu le record de vitesse sur le circuit de Bonneville Salt Flats dans l'Utah (une véritable obsession chez Donaldson, qui réalisera plus de 35 ans plus tard un film de fiction consacré au même personnage, The World's Fastest Indian avec Anthony Hopkins), Donaldson continue pendant six ans d'alterner court-métrages de fiction et documentaires pour la télévision. En 1977, avec l'aide d'un producteur associé, il réussit à monter le financement d'un projet très ambitieux, adapté d'un roman de l'auteur local Karl Stead : Sleeping Dogs. Ce film de politique-fiction plonge la Nouvelle-Zélande dans un futur pas bien rose où, soumise à un pouvoir dictatorial, elle est en proie aux conflits opposants la guerilla aux milices du régime fasciste. Pour qui connaît la Nouvelle-Zélande, un tel scénario paraît parfaitement inimaginable. Cela dit, le film suscite un grand intérêt. On y voit un très jeune Sam Neill (Australien d'origine lui aussi) dans la peau d'un père de famille apolitique qui, fuyant un mariage désastreux, part vivre seul sur une île. Mais suite à un complot, il se voit contraint de rejoindre la résistance, aux côtés du nouveau compagnon de sa femme... Manquant probablement de moyens, Sleeping Dogs s'attarde peu sur la configuration politique du conflit (quelques images télévisées, une manifestation violemment réprimée dans les rues d'Auckland) pour davantage se focaliser sur la fuite en avant d'un homme non-violent qui ne comprend rien à ce qui lui arrive et qui, pourtant, se retrouve impliqué dans des actions de plus en plus sanglantes. Bien avant son remake du Guet-Âpent de Sam Peckinpah, Donaldson adresse déjà plusieurs clins-d'oeil au cinéma de l'oncle Sam par le biais de gunfights très dynamiques (l'attaque du motel où séjournent des soldats de l'US Army) et en important le grand Warren Oates (curieusement orthographié "Oats" sur la jaquette) dans un rôle court mais mémorable de colonel ricain. Succès critique et public, Sleeping Dogs fut l'un des facteurs essentiels à la création de la New Zealand Film Commission, qui a contribué à financer des oeuvres commerciales telles que l'Âme des guerriers ou Whale Rider (Paï en VF).

Avant de s'envoler pour Hollywood réaliser une nouvelle version du Bounty avec Mel Gibson, Donaldson eût les honneurs du festival de Cannes pour son dernier film entièrement néo-zélandais : Smash Palace. L'histoire assez sobre d'un ancien coureur automobile désormais propriétaire d'une gigantesque casse dans l'arrière-pays, qui pète un plomb le jour où sa femme le quitte pour son meilleur ami et emmène leur petite fille. Le comédien d'origine britannique Bruno Lawrence, aujourd'hui décédé et oublié alors qu'il fut une grande vedette en Nouvelle-Zélande dans les années quatre-vingt (il tenait le premier rôle dans Utu et The Quiet Earth de Geoff Murphy) prête son charisme à cet homme jadis admiré dont l'isolement et l'obsession pour les voitures conduisent progressivement à la frustration et l'éloignement de ses proches. Au-delà du drame humain qui constitue le nerf du film, c'est bien le décor autour qui monopolise l'intérêt du spectateur. D'abord cette casse, située dans la localité d'Ohakune dans l'île du Nord (et qui existe toujours visiblement !), qui a hypnotisé Donaldson au point d'en modifier le scénario pour y tourner le plus de scènes possible. Puis le paysage, évidemment, dense et majestueux. La bande-originale, signée Sharon O'Neill, a connu un certain succès hors de Nouvelle-Zélande.

dimanche 22 mars 2009

Geoff Murphy, le Kiwi qui a croqué la Seagal

Geoff Murphy s'est fait un nom parmi les amateurs de films d'action de bas étage en faisant tourner trois de nos vedettes préférées : Steven Seagal dans Piège à grande vitesse (Under Siege 2 : Dark Territory), suite rythmée du plus connu Piège en haute mer, Christophe Lambert dans un Fortress 2 que je n'ai pas vu mais dont la sinistre réputation éveille ma curiosité, et avant cela, un Rutger Hauer alors fringant dans le mollasson Blind Side (Angle Mort en VF). A Hollywood, Geoff Murphy semblait donc destiné à une sage carrière de tâcheron abonné aux séquelles périmées, jusqu'à ce qu'il retourne dans son pays natal, la Nouvelle-Zélande. Car c'est bien dans la patrie du Kiwi que Murphy a fait ses premières armes. Et lorsque l'on jette un coup d'oeil à sa filmographie néo-zélandaise, on s'aperçoit que rien, ou si peu, ne le prédestinait à aller filmer les coups de tatanes de Steven-la-cigale de l'autre côté du Pacifique.

Installé depuis quelques mois en Nouvelle-Zélande, j'en ai donc légitimement profité pour faire l'acquisition de deux de ses films les plus réputés dans cette lointaine terre de cinéma. Sorti en DVD chez Jigsaw Entertainment dans deux éditions, l'une simple et l'autre "collector" réunissant 2 disques et des tonnes de suppléments, Goodbye Pork Pie est un véritable film culte en Nouvelle-Zélande. Mais à cette époque (1981), personne en France ne semblait décidé à voir venir des antipodes autre chose que Mad Max, et de fait le film n'est jamais parvenu jusqu'à nous. Il faut avouer que la chose est probablement bien trop "Kiwi" pour pouvoir susciter un quelconque intérêt de notre part. A la fois "road" et "buddy" movie, GPP raconte comment, à bord d'une Austin Mini jaune, deux compères traversent la Nouvelle-Zélande de bout en bout, tentant de rejoindre Invercargill (ville de l'extrême sud du pays popularisée par le champion de motocycle Burt Munro, dont Roger Donaldson a tiré un film avec Anthony Hopkins). Poursuivis par la police suite à moult menus larcins, ils gagnent l'affection de la nation pour leurs exploits anarchiques relayés par les médias. Même s'il a beaucoup vieilli près de trente ans après, GPP reste très drôle, parfois même jouissif, et demeure une excellente introduction à la beauté des paysages locaux, dont la configuration a très peu évolué jusqu'à aujourd'hui, ainsi qu'à cette innocente causticité qui caractérise l'humour national. Deux ans après, Geoff Murphy entreprend de réaliser une fresque historique relative aux conflits qui opposèrent colons anglais et Maoris au dix-neuvième siècle. Considéré comme la première superproduction néo-zélandaise, Utu (qui signifie "vengeance" en langue maori) est sans doute le film qui a attiré l'attention d'Hollywood sur le talent de Murphy. Evitant soigneusement de prendre position pour tel ou tel camp, le cinéaste croise deux destins meurtris : un guerrier maori dont la famille a été massacrée par les colons, et un fermier blanc dont l'épouse a été assassinée lors d'une expédition punitive des indigènes. Film violent, parfois excessif (la décapitation du prêtre évangéliste), Utu est porté par la puissance physique de l'acteur Anzac Wallace, terrifiant en guerrier sanguinaire épris de revanche. Pour l'anecdote, un certain Lee Tamahori, qui a depuis parcouru le chemin que l'on sait, est crédité en tant qu'assistant-realisateur. Facilement accessible depuis l'Europe via Amazon.co.uk, l'édition néo-zélandaise est hélas dépourvue de sous-titres, hormis en anglais pour les passages en langue maori.

jeudi 9 octobre 2008

Joe Caligula sort enfin de l'ombre

L'excellent site Psychovision.net nous a communiqué l'information que nombre d'entre nous n'espéraient plus : Joe Caligula, l'oeuvre maudite de José Bénazéraf, fera bientôt l'objet d'une édition DVD dans le cadre d'une collection réunissant sept longs-métrages du cinéaste. C'est K-Films qui a eu cette heureuse initiative. Rappelons que Joe Caligula, interdit d'exploitation en 1966 pour cause d'immoralité, n'avait jusqu'alors fait l'objet d'aucune édition à destination des particuliers ni d'aucune diffusion en salles (hormis à la Cinémathèque). Les abonnés de Canal+ avaient toutefois pu apprécié la chose grâce, une fois de plus, au cycle Quartier Interdit de Jean-Pierre Dionnet. Du temps de la VHS, K-Films avait plus d'une fois contenté les amateurs de raretés, notamment par de précieuses éditions en VOSTF des derniers Dreyer (Ordet et Gertrud).


mardi 7 octobre 2008

L'Islande insolite de Fridriksson en DVD

Les films du cinéaste viking Fridrik Thor Fridriksson font l'objet d'un traitement spécial dans son pays, l'Islande. Les éditions DVD locales nous permettent de les (re)découvrir.

Fridrik Thor Fridriksson reste à ce jour le cinéaste islandais le plus emblématique. Le public français a eu l'occasion de découvrir ses quatre longs-métrages des années 90, tous sortis en salles à l'exception de Devil's Island, diffusé il y a peut-être dix ans sur Arte (qui d'autre ?) en version française. Ce film est resté si puissamment gravé dans ma mémoire que, lors de mon séjour en Islande, je n'ai eu de cesse de le rechercher. J'ai alors eu la divine surprise de découvrir qu'un éditeur local, Sena, avait commercialisé en DVD les quatre films en question (Devil's Island donc, mais aussi Children of Nature, Movie Days et Cold Fever), munis de sous-titres en anglais.

Devil's Island est un drame familial situé dans les années 50, du temps où l'Islande, affaiblie comme toute l'Europe par des années de guerre, était encore loin de la prospérité et de la richesse qu'on lui connaît aujourd'hui. Dans une banlieue miséreuse de Reykjavik, une femme du coin épouse un soldat américain en poste sur la base militaire de Keflavik (qui existe toujours) et part s'installer aux Etats-Unis, aussitôt suivie par son fils aîné. Revenu au pays dans les bottes d'un rouleur de mécaniques complètement imprégné de la culture yankee, ce dernier n'arrive pas à se réhabituer à son ancien environnement et créée des tensions au sein de la communauté. Tout en grossissant le trait et en jouant de situations absurdes, Fridriksson parvient à dresser le fascinant tableau tragi-comique d'une famille pauvre dans l'Islande d'après-guerre. Dans le rôle du fils prodigue, on reconnaît Baltasar Kormakur, qui allait bientôt se lancer dans une carrière de réalisateur couronnée de succès critiques (l'excellent 101 Reykjavik, le décevant The Sea) et d'un tournage américain (A Little Trip to Heaven avec Forest Whitaker, inédit chez nous). Réalisé il y a deux ans, son Jar City vient tout juste de sortir dans les salles françaises.

La vraie curiosité de la riche filmographie de Fridriksson, lequel désormais se consacre davantage à la production (via sa société Icelandic Film Corporation), est sans nul doute Cold Fever. Le sujet est lui-même des plus surprenants: apprenant que ses parents sont morts dans une contrée reculée d'Islande, un salary-man japonais entreprend alors de se rendre sur place pour y accomplir un rite traditionnel. Débarquant en plein hiver, il connaît une série de mésaventures avant de parvenir à ses fins. Cold Fever, ou la rencontre improbable et savoureuse d'Hirata, héros lunaire égaré dans un paysage hostile, avec un peuple à l'humour peu conventionnel. L'étrange mission de ce Droopy nippon ne cessant de s'exclamer "it's a very strange country", les lents panoramiques sur d'interminables étendues enneigées, cette vieille Renault DS rose progressant cahin-caha sur les routes désolées du centre de l'Islande et ces personnages tantôt pétillants tantôt lugubres incarnés par des comédiens venus d'horizons divers (Masatoshi Nagase, sorti du Mystery Train de Jarmusch, Lili Taylor en auto-stoppeuse hystérique ou encore le vieux cinéaste Seijun Suzuki, qui apparaît brièvement dans le rôle du grand-père d'Hirata), tout contribue à créer un climat insolite, et par là même une expérience cinématographique indescriptible.

mercredi 30 juillet 2008

Le meilleur du cinéma colombien

Le cinéma colombien est fort méconnu dans nos contrées. Pourtant il existe, il vit, il se porte même relativement bien. Hélas la plupart des films produits là-bas sont des comédies concoctées pour le public local, donc impropres à l'exportation.

Le cinéphile toujours en quête de nouveaux horizons sera néanmoins ravi d'apprendre qu'une excellente collection sobrement intitulée "El mejor del cine colombiano" orne les étagères et les bacs des nombreuses boutiques de DVD de Bogota. Tous les films présentés dans cette collection sont inédits chez nous, à deux exceptions prés : La vendedora de rosas (La petite marchande de roses) de Victor Gaviria, terrible descente dans le quotidien des enfants des rues de Medellin présentée à Cannes en 1998, et Cronica de una muerte anunciada, que les Colombiens ont d'ailleurs tendance à s'attribuer un peu vite car, bien qu'adaptée d'un roman du grand auteur national Gabriel Garcia Marquez et tournée à Cartagena (Colombie), il s'agit en fait d'une production italienne signée Francesco Rosi.


Certains films jouissent semble-t-il d'une bonne réputation auprès du public local, c'est le cas notamment de Rodrigo D : No futuro du même Gaviria (1990) et de Gente de la Universal de Felipe Aljure (1991), que j'ai ramené dans mes bagages. Notons enfin que de récents succès du cinéma colombien ont bénéficié d'éditions DVD françaises, tels que Maria pleine de grâce de Joshua Marston (coproduction colombo-américaine) et Rosario d'Eduardo Maillé. Deux films remarquables qu'il convient d'apprécier au préalable avant de se ruer sur le premier vol Paris-Bogota qui passe...

Sommaire de Médusa 23

Alors que sa sortie prévue pour la fin de l'année est annoncée depuis déjà plusieurs semaines, le numéro 23 du fanzine Médusa dévoile enfin son contenu et sa couverture. Didier Lefèvre a récemment mis en ligne sur le site de la publication le sommaire de l'ultime Médusa ainsi qu'une reproduction de la superbe couverture . Outre les rubriques habituelles que nous sommes tous impatients de retrouver, ce numéro comportera des dossiers consacrés au mouvement "Teensploitation" en Italie, aux aventures de Tarzan avec Johnny Weissmuller, à Tim Sullivan (pas le réalisateur de 2001 Maniacs, mais un auteur de nouvelles fantastiques qui fait aussi l'acteur dans quelques séries B d'horreur), ainsi qu'un entretien avec le compositeur Franco Micalizzi.